23 juin 2021

Trois femmes d’Haïti, Anna seghers

Trois nouvelles.  Trois femmes d’Haïti. Trois destins de femmes. Trois oppressions. Trois époques. Trois contextes historiques liés à un même lieu, Haïti, « fille de Colomb et de la mer »

Dernière oeuvre de la romancière allemande, Anna Seghers publiée en 1980. 

Dans la première nouvelle, La cache, Taoliina plonge dans la mer s’échappant du navire qui devait la ramener en Espagne pour être offerte à un grand du royaume. Changeant de direction, elle échappe à ses poursuivants et se réfugiera dans une grotte où elle vivra recluse de la vie. Si près et si loin de l’océan, qui finira par l’aider à s’évader.

« Un jour, alors qu’elle était étendue dans sa grotte, une tempête d’une violence extrême éclata. La mer arrachait des morceaux à la côte. Des arbres furent déracinés. Les parois de la grotte cédèrent. Taoliina rampa le long de l’issue dérobée que les éboulements obstruaient en partie. Elle se cramponna à la roche le temps de reprendre haleine. Son visage fut bientôt dévoré par le sel des embruns. Où sont mes enfants ? Dans les mines ? Sous les chaînes ? En prison ? Sur la mer ? A chaque instant, le ressac menaçait de l’emporter. Elle mit ses dernières forces à s’agripper à un bloc de rocher. Au milieu de ce danger, elle sentit que la mer tentait de l’aider, la mer qui dès tout enfant lui avait été si familière. Elle sut que son évasion était réussie. »

Dans La clef, la femme d’Haïti se prénomme Claudine. Après avoir été achetée au marché aux esclaves, elle est enfermée dans un cachot creusé à même le mur derrière une grille qui lui écrase les côtes; pour une maladresse – Un simple vase brisé qui vaut trois fois le prix de son achat à elle.  Elle a beau crier quand ils  arrivent, les libérateurs passent  à côté d’elle sans la voir. C’est Amadée qui va la sauver. Il se faire embauché sur le chantier d’une construction de route pour se trouver à proximité de la prison où est enfermé Toussaint Louverture à qui tous les deux vouent, un culte.
 Toussaint Louverture encouragé par la France révolutionnaire tente de libérer Haïti de l’esclavage.
« il se dressa à contre-courant du flot humain qui roulait autour de lui, il était fort et de grande taille. Il se pencha vers moi et me dit : Calme-toi tu seras bientôt libre. Toutefois, il n’arrivait pas à briser la serrure du premier coup. Sa voix gronda : Apportez la clef.
Amédée garde la clef autour de son cou au delà de la mort…
A chaque fois la libération de la femme se fait à contre-courant des flots. 

Troisième nouvelle

Luisa regarde s’éloigner le bateau qui emporte Cristobal dont la vie est menacée par les « Diables vaudou », les troupes de choc de Bébé Doc, rejeton dictateur de la famille Duvalier. Il est parti à Cuba se former à l’enseignement.  Cristobal revient marié à Mania une fille de riche qui lui permet de construire la bibliothèque dont il rêve pour son peuple martyrisé.  Luisa s’est lié d’amitié avec Juan. Les tontons macoutes saccagent la bibliothèque et, arrêtent Luisa.
Cristobal s’enfuit à Paris avec sa femme.
N’y tenant plus, il retourne seul à Haïti.  Il revient pour la révolution.
 A la chute du dictateur les prisons sont ouvertes.  Les geôliers massacreurs finissent leur travail…
 Juan rappelle à Cristobal l’existence de Luisa. Ils partent à sa recherche. Cristobal ne la reconnaît pas.  Cristobal a du mal à y croire. Libre, elle reste  « la preuve vivante et inchangée des persécutions qu’elle a subies ». Il refuse la proposition d’une opération de chirurgie esthétique. 
Ces 3 nouvelles sont très belles et l’intensité de l’écriture la postface « Haiti au cœur » écrite par Hélène Roussel est à découvrir

Claudia

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