À Saint-Pétersbourg, dans la misère de la période post-révolutionnaire, la jeune pianiste Sonetchka, pauvre et bâtarde, est engagée comme accompagnatrice par Maria Nikolaïevna, une cantatrice sublime, célèbre et fortunée. Sonetchka bascule immédiatement dans l’ombre de la cantatrice. Elle la suit à Moscou, puis en exil à Paris, développant à son égard un mélange vénéneux d’adoration et de haine silencieuse.

Petit roman qui explore les relations complexes entre deux femmes que seule réunit la musique. Nina Berberova dissèque avec une précision chirurgicale les mécanismes du sentiment d’infériorité. Le style est épuré, mesuré, rend la violence des sentiments d’autant plus marquante. Il ne cherche pas à rendre Sonetchka aimable, il nous amène à comprendre son amertume criante de vérité. Le contraste entre la lumière éclatante de la cantatrice et l’invisibilité de l’accompagnatrice au piano crée une tension permanente sans qu’il n’y ait jamais d’affrontement direct. Le passage de la Russie soviétique au Paris des émigrés russes apporte une dimension mélancolique saisissante sur le déracinement.

L’héroïne passive-agressive peut agacer certains lecteurs. Et pourtant, c’est ce qui enrichit la confrontation dramatique.

L’auteur a choisi de baser son récit quasi exclusivement sur le huis clos psychologique des deux femmes. Comme un photographe, il fait sa mise au point sur la scène principale, en prenant soin de laisser l’arrière-plan dans le flou.

Un chef-d’œuvre de la littérature de l’émigration russe, recommandé à ceux qui aiment les récits d’introspection psychologique fine et les atmosphères intimes sous haute tension.

Claudia

By claudia

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