21 octobre 2021

Je chemine avec … Gilles Clément

Gilles Clément est né le 6 octobre 1943 à Argenton-sur-Creuse (Indre). Il a vécu son enfance entre la Creuse et Oran, où s’est ancré son goût du voyage et de l’observation. Jardinier, (paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain), il n’a qu’une passion : le vivant !
Pour aller plus loin
 : http://www.gillesclement.com/index.php

« J’ai été élevé dans une famille bourgeoise » Cependant, il écrit que sa mère n’est pas bourgeoise. Elle était originale.

L’enfant qui avait des problèmes d’apprentissage à l’école se révèle un très bon étudiant. Il deviendra ingénieur horticole, paysagiste, écrivain, jardinier, et enseignera à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles (ENSP). Loin de la figure du jardinier militaire armé de produits meurtriers, Gilles Clément a dû désapprendre ce que ses études d’ingénieur horticole lui avaient enseigné pour « garder le vivant, tout le vivant » dans son jardin perdu dans un petit coin de Creuse.

« On était entrain de nous enseigner tout ce qui détruit. En réalité, on nous apprenait à tuer : vous gardez une plante, vous enlevez toutes les autres ; vous gardez un animal, vous supprimez tous les autres. Mais vous tuez tout avec des produits fantastiques ! »

Il évoque les 30 glorieuses qui sont devenues les 30 désastreuses pour l’environnement.

Soucieux de laisser libres la faune et la flore, il a expérimenté « Le Jardin en Mouvement » avant de le conceptualiser pour ses élèves à l’École nationale de paysagiste à Versailles.

« Finalement, j’ai exploré deux pistes : l’émerveillement, lorsqu’on observe les insectes on est dans l’étonnement, et le faire, parce que fabriquer de ses mains m’a toujours paru très important. »

« On vit dans l’incertitude quand on est enfant, et cela peut durer longtemps… »

« Tous les individus n’ont pas le même tempo, le même accès à une forme de « stabilité de certitudes ». Mais c’est important de savoir qui l’on est pour pouvoir être utile aux autres »

« Ors, nous les êtres humains, avons un peu abandonné notre comportement animal au profil d’une certaine « raison », nous agissons contre notre rythme biologique. »

« La question qui m’intéresse, c’est : comment regarder autrement autour de nous ? »

« Tous les petits évoluent, parfois vite, parfois plus lentement, mais on ne doit pas porter de jugement. »

« Quand un être n’est pas conforme aux attendus de la société, on n’y prête plus d’attention : on ne devrait pas se conduire de cette façon »

« Il faut avant tout faire ce que l’on a envie de faire. Allez vers ses envies reste le meilleur moyen d’être heureux. »

« Il faut rester un enfant, sinon c’est difficile de devenir jardinier »

Il évoque l’un de ses professeurs : Jacques Montégut, botaniste remarquable.

Autre élément fondateur de son chemin professionnel est la rencontre avec Pierre Boissière, enseignant en lycée agricole au Nicaragua où Gilles Clément effectue un stage qui va durer plusieurs mois. Après il partira en Amérique Latine où il restera plusieurs années avant de rentrer en France.

Il commence alors ses premiers jardins avec une clientèle privée et argentée. Ce qui ne lui amènera pas nécessairement la richesse. Certaines personnes de ce milieu pensent que le fait de l’inviter à des cocktails ou de l’héberger au château ou de lui offrir un chien suffit pour lui permettent de vivre !

Il reconnait bien volontiers son côté naïf.

Dès 1968, il s’intéresse à la politique. En 2015, il fait parti d’une liste de EELV. Je suis étonnée qu’une personne avec de si grandes connaissances sur le vivant ne se soit pas aperçu que le programme EELV n’évoque pas la nécessité de changer de mode sociétal. Il est inconcevable, à mon avis, de rester dans le capitalisme si nous voulons sauver la planète et ces habitants (végétaux, animaux, humains). A moins que Eric Piolle, maire de Grenoble, prenne les rênes de l’écologie. Comme je constate qu’il apprécie le travail de terrain de cet élu, j’invite Gilles Clément à lire les fascicules sur l’écologie de la France insoumise. En effet, ces derniers mois, Eric Piolle et Jean-Luc Mélenchon ont partagé des actions communes.

Alors qu’il ne cesse de nous démontrer le contraire pendant des pages, je suis étonnée quand Gilles Clément dit que le système éducatif français n’est pas mauvais. Il pointe très bien les incohérences de la politique française pour former les jeunes dans l’agro-alimentaire. Tous ces pans entiers de savoir-faire qui disparaissent par le manque de moyens dû à l’abandon de l’Etat des secteurs essentiels à la sauvegarde du vivant. Le non reconduit des formations qui touchent à la forêt, l’agriculture écologique, etc.

J’apprécie son optimiste sur la prise de conscience de la jeunesse. Il reconnait enfin page 105 la responsabilité de l’état et les lobbys de la finance et qu’il devient urgent de changer de modèle économique au niveau mondial.

 « Il faut arrêter d’acheter les journaux tenus par les lobbys, d’écouter ce que l’on nous dit sur les ondes tenues par ces mêmes lobbys, bref arrêter de faire ce qu’on nous dit de faire. (…) il faut passer par des voies alternatives (…) »

Quand il parle de la vie qui nous entoure, Gilles Clément est vraiment intarissable. Etant moi-même à l’écoute de tout ce qui a trait à la permaculture, je ne peux qu’adhérer à son discourt sur le vivant. Dans mon terrain, les animaux, comme la taupe sont respectés. Comme lui, j’observe pour mieux comprendre le fonctionnement des animaux.

J’ai beaucoup aimé cet entretien de 164 pages où le jardinier, (paysagiste, botaniste, entomologiste, enseignant et écrivain) est interrogé par Sophie Lhuillier, éditrice dans la maison d’édition SEUIL. Les questions sont judicieuses, ce qui rend la lecture vivante et très agréable.

Je remercie Babelio et les Éditions du Seuil de m’avoir retenue comme ambassadrice de la collection « Je chemine avec… » !

Claudia

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