23 juin 2021

Vivre et respecter la nature sans tuer.

Les chasseurs parlent constamment de leur rôle de « régulateurs » des équilibres naturels. On peut distinguer trois aspects à cette « régulation ».

1) « Réguler » des problèmes que les chasseurs ont eux-mêmes créés

L’argument le plus souvent utilisé en faveur de la « régulation » des espèces sauvages est celui des sangliers. De fait, alors que la France comptait quelques dizaines de milliers de sangliers dans les années 1960, on en recense plus d’un million aujourd’hui. Ceux qui s’en plaignent sont les auteurs de cette prolifération : les chasseurs ont lâché des sangliers d’élevage, ils les ont nourris dans la nature et ont épargné les femelles reproductives. Les cultures de maïs que les sangliers affectionnent ont augmenté et les chasseurs eux-mêmes indemnisent les paysans des dommages causés par les sangliers. Les chasseurs font donc tout ce qu’il fallait pour que le « gibier » abonde. L’augmentation considérable des cochongliers et de sanglochons, croisement issus de sangliers et de cochons domestiques, plus familiers et facilement approchables a contribué à démultiplier cette prolifération. Il est donc malséant de parler de « calamité » lorsqu’on l’a créée et qu’on l’entretient. Les chasseurs souhaitent donc « réguler » les populations de sangliers en les tuant et ne veulent pas entendre de méthodes alternatives que les scientifiques pourraient proposer (stérilisation de femelles par exemple).

2) « Réguler » des espèces en voie de disparition

Pourquoi diable faudrait-il « réguler », en les chassant, les effectifs d’espèces dont les populations ont dramatiquement diminué depuis plusieurs décennies

la Tourterelle des bois, le Vanneau huppé, l’Huitrier pie, le Lagopède alpin, et bien d’autres encore? Pas moins de 27 % des espèces chassables en France (24 sur 89) figurent sur la liste rouge des espèces menacées.

3) « Réguler » des « nuisibles » qui n’en sont pas

Des dizaines de milliers de mustélidés — belettes, martres, putois, etc… — sont piégés chaque année en France alors que leur statut de « nuisible » décrété par les chasseurs n’est défendu par aucun scientifique, ces animaux jouant un rôle important dans les écosystèmes. En 2002, sur les recommandations des scientifiques compétents, le ministre a retiré de la liste des animaux nuisibles, la belette, la martre et le putois, dont la classification comme « nuisibles » est simplement aberrante : ils ne pullulent pas et mangent des petits rongeurs. Hélas, quelque mois plus tard, nouveau ministre et retour en arrière : simplement pour faire plaisir aux chasseurs, la ministre reclassa ces trois espèces en catégorie « nuisible. » « Ce que les chasseurs veulent, le ministre fait « conclut Pierre Rigaux.

Le renard est l’une des obsessions des chasseurs et ils en tuent environ un million chaque année. Les renards sont pourtant l’un des meilleurs facteurs de régulation naturelle. Les chasseurs se plaignent par exemple de la prolifération des harets, ces chats domestiques retournés à l’état semi-sauvage et revendiquent le droit de les tuer. Or, une récente étude italienne a montré que, pendant l’hiver, 30 % de l’alimentation des renards est constituée de harets. Un renard peut certes ravager un poulailler dont la porte était mal fermée, mais à l’échelle nationale, les dégâts engendrés par les renards sont dérisoires. Les contrevérités abondent également : on accuse le renard de propager la rage par exemple, alors que la rage vulpine a disparu de France depuis 1998. Quant à l’échinococcose, la néosporose, la gale et la leptospirose, aucune instance scientifique ne recommande de tuer les renards pour lutter contre ces maladies. La maladie de Lyme, quant à elle, semble avoir moins d’incidence là où les renards sont plus abondants, car les petits rongeurs sont plus prudents et se déplacent moins.

Mais la chasse est en déclin depuis plusieurs décennies, bientôt moins d’un million de chasseurs. On ne peut donc que s’associer aux vœux d’Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix :

Le temps viendra où l’opinion publique ne tolérera plus les divertissements où l’on maltraite et tue des animaux. Le temps viendra, mais quand ? Quand atteindrons-nous le moment où la chasse, le plaisir de tuer des animaux pour le « sport », sera considérée comme une aberration mentale ?

Quelques chiffres éclairants pour commencer : 81 % des Français ne sont pas favorables à la chasse (IPSOS, 2018), tandis que 69 % d’entre eux la rejettent entièrement (IFOP, 2019). Pourquoi ne pas les écouter ? Comment se fait-il que 1,6 % de la population impose sa loi sur 90 % du territoire où il est permis de chasser ? (1)

La pêche et la chasse sont pratiquées par bien des peuples pour survivre. Lorsque ce n’est pas le cas, elles sont rangées dans la catégorie des « divertissements sportifs« . Les Européens qui vont à la chasse par plaisir ne sont certes pas dans la même position que les Eskimos qui tuent pour assurer leur subsistance ou pour empêcher un ours blanc de les dévorer. Les chasseurs des pays nantis consomment la plupart de leurs proies, mais ils n’ont que rarement besoin de cet apport pour survivre. De plus, les motivations déclarées des chasseurs ne citent pas la recherche de nourriture en premier lieu, mais le contact avec la nature (99 %), la convivialité (93 %) et l’entretien des territoires (89 %), autant de buts louables en eux-mêmes, mais qui ne nécessitent nullement l’usage d’un fusil pour tuer.

Dans son nouvel ouvrage, Pas de fusils dans la nature. Les réponses aux chasseurs (2), Pierre Rigaux dresse un portrait saisissant de la mainmise de la chasse sur la nature en France, y compris dans les parcs naturels les plus protégés, où il est interdit de cueillir une petite fleur, mais où, à force d’exceptions à la règle, il est permis de chasser quasiment toutes les espèces protégées, dont certaines sont en voie de disparition. Dans la réserve nationale des Haut-Plateaux du Vercors par exemple, les Tétras-lyre sont chassés là où les promeneurs sont priés de s’écarter pour ne pas les déranger. La chasse est ainsi autorisée, sous divers prétextes, dans quasiment toutes les réserves naturelles et tous les parcs nationaux français (à l’exception de la zone cœur de 5 parcs nationaux, soit seulement 0,5 % du territoire français). Sur le plateau de l’Aubrac, l’Office National des Forêts interdit les visiteurs du 15 septembre au 15 octobre pour « ne pas déranger les cerfs durant la période du brame ». Mais dans ces espaces baptisés « zones de quiétude », les propres guides de l’ONF emmènent des clients chasseurs abattre des cerfs ! En toute quiétude bien entendu…

En France, la loi ne prévoit aucune journée nationale hebdomadaire de trêve de la chasse qui garantirait la sécurité des promeneurs. Tous les autres pays européens observent des « jours de non-chasse ».

En Suisse, dans le canton de Neuchâtel, trois jours sans chasse dont le dimanche obligatoirement ; en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, pas de chasse le dimanche ; en Espagne, deux à trois jours de chasse par semaine selon les provinces ; au Portugal, la chasse n’est autorisée que le jeudi et le dimanche.

Rien en France. Pourquoi ?

En 1974, l’interdiction de la chasse dans le canton de Genève fut approuvée par référendum par 72 % de la population. Malgré les cris d’alarme des chasseurs l’apocalypse ne s’est pas produite, tout s’est bien passé et la faune du canton est très rapidement arrivée à un équilibre naturel, a retrouvé sa richesse et sa diversité et est fort appréciée par les promeneurs.

Comme l’explique également Marc Giraud dans Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus (2), « la chasse ne représente qu’une toute petite partie de l’utilisation de nos terroirs par les citoyens. Plus de 2 millions de cavaliers, plus de 15 millions de randonneurs, plus de 20 millions de cyclistes, auxquels il faut ajouter les simples promeneurs, cueilleurs de champignons, groupes scolaires, naturalistes, artistes, photographes, sportifs, etc. – toutes ces catégories étant en pleine expansion – forment une écrasante majorité au regard du million de chasseurs en France. »

70 % des personnes interrogées craignent de se promener en période de chasse. Combien des promeneurs qui le tentent se sont vus dire un jour par des chasseurs rencontrés dans leur balade, comme cela est arrivé à Pierre Rigaux : « Vous êtes inconscient, c’est dangereux de venir ici !« . Tout cela dans des forêts ouvertes au public et sur des chemins communaux ! Chaque année, plus de 200 millions de cartouches sont tirées dans les campagnes françaises, un quart lors de ball-traps et le reste pour la chasse. Avec une portée dangereuse de trois kilomètres, les balles perdues font peur aux chasseurs eux-mêmes. On compte, en moyenne, 150 à 200 blessés et une vingtaine de morts par an. Autant de vies humaines sacrifiées à une activité qui se dit « conviviale et en harmonie avec la nature ».

Sur les chemins publics, les chasseurs en activité demandent souvent aux promeneurs de faire demi-tour par mesure de sécurité. Ils posent des panneaux tels qu’ « Attention chasse en cours », toutefois ceux-ci n’ont aucune valeur légale pour interdire la circulation. Vous pouvez donc passer — à vos risques et périls. Les citoyens qui poseraient des panneaux du genre, « Attention balade en cours », « Photo de nature en cours » ou « Observations ornithologiques en cours » seraient la risée des chasseurs, ou pire : le 9 août 2013, des photographes d’oiseaux se font tirer dessus dans un marais du Nord à Hondschoote.

Si l’obstruction à la promenade, la randonnée, le VTT, l’observation des animaux, la photographie animalière par les chasseurs semble être un état de fait accepté, en revanche l’obstruction à un acte de chasse est passible de 1500 euros d’amende depuis 2010. Attention à ne pas vous trouver entre le lapin et le chasseur : vous risquer de recevoir des plombs et si vous survivez vous aurez une amende.

Les chasseurs se disent les « premiers écologistes de France. » Nul doute qu’ils aient une bonne connaissance de la nature qu’ils côtoient régulièrement. Mais d’une part ils la connaissent pour mieux chasser, c’est-à-dire tuer des animaux, et, d’autre part, ils ne peuvent prétendre la connaître aussi bien que les scientifiques qui étudient de manière approfondie les mœurs des animaux, les équilibres biologiques, l’évolution des populations et le risque de disparition de certaines espèces.

Si les chasseurs connaissent la nature et protègent certains biotopes et certaines espèces, c’est pour mieux les chasser, et non pas pour protéger la nature et la faune en elle-même. Lorsqu’une espèce ne présente aucun intérêt pour eux ou interfère un tant soit peu avec leurs activités, elle est déclarée « nuisible » sans le moindre fondement scientifique. Les fédérations de chasse vont jusqu’à accorder des subventions à la ligue de Protection des Animaux (LPA). Mais il s’agit toujours du même cercle vicieux : protéger momentanément les espèces pour pouvoir mieux les tuer par la suite.

Notes

(1) : Voir Vocation : L’animal sujet de droit, propositions pour de nouveaux horizons (2019), Animal Cross.

(2) : Pierre Rigaux. Pas de fusils dans la nature. Les réponses aux chasseurs. Préface de Nicolas Hulot. humenSciences, 2020.

J’adhère à 200% au message de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, Photographe et Auteur. Et je n’oublie pas de rajouter que le gouvernement de Macron est pour la chasse. Et que la politique libérale menée depuis des années ne remet pas en cause la maltraitance animale. Aux prochaines élections, ne l’oubliez pas.

Claudia

2 réflexions sur « Vivre et respecter la nature sans tuer. »

  1. J’adhère aussi à 200% au message de Matthieu Ricard !
    Si seulement on pouvait respecter la vie !
    Ce matin j’ai sauvé la vie d’un ver de terre… J’en parlerai après-demain sur mon blog.
    Bisous ma Claudia

    1. Comme nous nous comprenons. Moi aussi j’ai sauvé un verre de terre devant ma porte. Je ne comprends pas pourquoi, ils viennent comme s’ils voulaient entrer dans ma maison. Bisous ma béa

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