29 février 2024

Portrait d’un berger rebelle : « Une chèvre, cela fait bêê mais pas bip ! »

Yves Lachenal, berger dans le massif alpin des Bauges refuse « d’équiper » les oreilles de ses chèvres d’une puce électronique, conformément à une loi française de 2010. « Une chèvre, aime-t-il à dire cela fait bêê mais pas bip ! »

Les services vétérinaires n’en ont cure. Ils ont convoqué le berger et son dossier est entre les mains de la justice.
Mais Yves Lachenal ne pliera pas ! Inimaginable, quand on prend la mesure ce de qui peut le mouvoir et l’émouvoir, insensé quand on écoute cet être sensible et déterminé évoquer le respect de son milieu, les attentions qu’il a pour ses  » bestioles », pour ses chiens de conduite et de protection.
Au chevet de la jeunesse comme de son métier, portrait d’un « homme libre « qui déteste que l’on pense sa vie à sa place.

Forge paysanne, caractère bien trempé et conscience précoce des enjeux environnementaux

Yves Lachenal est l’aîné des cinq garçons d’une famille de huit enfants. Enfance heureuse à la ferme familiale. Il apprend bien à l’école. La suite se corse. Il quitte le collège après la classe de 5eme car il s’y ennuie, il enchaine avec des études agricoles inachevées. Il claque la porte deux mois avant l’examen!

« Ça faisait quatre ans que l’on apprenait à produire plus ! Aucune information sur l’agriculture biologique. Mais produire toujours, produire plus, produire plus, produire plus !! Et puis il y avait des excédents de beurre et des excédents de blé. Il y avait des excédents partout. J’ai dit bah non!! Moi, j’aurais peut être aimé produire mieux ! Donc, j’ai arrêté l’école. Gros clash avec mon père qui avait financé les études alors qu’on était ric-rac pour le pognon. C’était la guerre complète ! « 

Un de ses anciens professeurs prendra l’initiative de les réconcilier. Yves en garde un souvenir ému, tout comme cette anecdote qu’il livre sur ce que la famille a de meilleur. Au bois, autour du feu, le père demande aux frangins : « Et si Josiane ( l’une de leurs trois sœurs) se marie avec un noir, vous dites quoi ? Alors nous, on dit  » Oh ben non!! » Il demande*:  » Et pourquoi ? » On avait pas de raison, parce qu’il est noir ! Il nous dit : Rappelez-vous que des braves types, il y en a partout ! N’importe quelle couleur. Des cons, il y en a partout. Mais des braves types, il y en a partout. Il faut pas s’arrêter à la couleur des gens !!  » La porte de la ferme familiale est toujours ouverte. Le père est très apprécié dans le village pour son écoute, ses conseils et sa générosité , en stricte conformité avec l’esprit paysan.  » Une autre de ses expressions favorites, c’était : quand tout le monde s’aide, personne se crève* « .

Yves Lachenal a repris ce flambeau. Celles et ceux qui sont passés par son alpage à l’adolescence peuvent en témoigner, en premier lieu son gendre Baptiste, berger lui aussi à Seythenex.

« Je n’ai pas attendu que l’on me parle de bien-être animal pour prendre soin de mes animaux « 

Yves Lachenal est dans le métier depuis 1987. Il a repris et loué un alpage abandonné, celui du Drizon, non loin de l’Abbaye de Tamié, où il vend ses fromages. Il tatoue ses chèvres dès 1989. Ce n’était pas obligatoire. Il grognera quand il fallut mettre des boucles en plastiques, jusqu’à envoyer des photos des oreilles arrachées des chèvres à la Chambre d’Agriculture, qui le contrôle régulièrement, tout comme d ‘autres organismes, dont ceux qui gèrent les aides européennes. Yves Lachenal ne demande pas à bénéficier des primes auxquelles il a droit, car il est en zone « montagne « . En revanche, il convoque un règlement européen de 2019! « Article 46 chapitre 3 : tatouage autorisé pour les petits ruminants qui restent en France mais « la France ne veut pas appliquer le règlement européen » s’agace-t-il.

 » On m’emmerde pour 50 biques qui ne font pas « bip » devant les machines « 

Il conteste cette loi française de 2010 qui impose aux éleveurs d’identifier leur cheptel au moyen de puces électroniques.

Pour lire la suite de l’article ou écouter l’émission sur Radio France.

Moi j’ai refusé de mettre des boucles à mes 2 boucs nains. J’ai trop vu d’animaux s’arracher les oreilles dans le grillage. Je n’ai pas envie que mes animaux souffrent. Pour l’instant, je n’ai pas été dénoncé.

Claudia

5 réflexions sur « Portrait d’un berger rebelle : « Une chèvre, cela fait bêê mais pas bip ! » »

  1. Tu as refusé de mettre des boucles à tes 2 boucs nains…
    C’est bien
    Merci pour cet article intéressant…
    Des boucles, des étiquettes… pour les animaux… C’est moche…
    Bisous ma Claudia

    1. Je connais plusieurs éleveurs dont les p’tites chèvres ont eu des morceaux de leurs oreilles arrachés. Les boucles ne sont pas conçues pour les boucs ou chèvres naines. Elles sont trop importantes pour eux. C’est pourquoi, je ne veux pas imposer ceci à mes animaux. Et comme je ne fais pas de reproduction, je n’ai pas de troupeaux. Juste 2 animaux de compagnie. 🙂

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