Alizée Delpierre est sociologue. Elle enquête depuis des années sur les domestiques, les grandes fortunes et les travailleurs immigrés.
L’auteure, à partir d’une immersion de plusieurs années, analyse les relations de domination, d’adhésion et de contrainte qui se jouent derrière les portes des demeures luxueuses.
Grâce aux enquêté(e)s, nous comprenons mieux ce qui se joue derrière les cages dorées. Les domestiques acceptent souvent leur condition en échange d’avantages, tels que des salaires (pensent-ils) élevés, une vie dans le luxe, ou parfois des relations affectueuses avec leurs employeurs. Il est plus facile pour les riches de manipuler une jeune immigrée illettrée qu’une Française avec des diplômes. Ce rapport de domination se concrétise par un système hors de toutes lois de travail. Les heures non comptabilisées se traduisent par l’épuisement des corps. L’ordre social maintenu par les grandes fortunes autorise ces gens des pratiques au-delà de l’envisageable. Humiliation, sévices moraux et physiques. Sans que cela, mis à part quelques cas, soit dénoncé.
Alizée Delpierre montre comment cette exploitation » dorée » est perçue par certains domestiques comme une opportunité d’ascension sociale, tout en étant une source de souffrance. Elle évoque aussi la question de la race et de l’exotisme prôné comme essentielle par la classe dominante.
Cette analyse met en lumière la complexité des relations entre ceux qui dominent par leur fortune et ceux qui imaginent réussir par leur soumission. Ils me font penser aux papillons qui, par leur fascination pour la lumière, se brulent les ailes.
J’ai vécu au Cameroun, où certains expatrié(e)s se comportent comme des colonistes qui appelaient leurs domestiques « mes boys ». Où les riches camerounais étaient odieux avec les domestiques noirs.
Un livre que je recommande. Il en dit long sur la condition humaine.
Claudia